Newsletter novembre 2020

Newsletter #32

Newsletter de Novembre 2020, par Géraldine Suchet, infirmière formatrice SUITE DE SOINS®, DU Plaies et Cicatrisation.

Webinar : à vos agendas !

À la suite du succès des premiers webinars, SUITE DE SOINS® lance les jeudis de la cicatrisation, tous les 3èmes jeudi du mois.

Prochains thèmes :

Jeudi 19 Novembre 14h-14h30 :
Quelles prises en charge pour les plaies bourgeonnantes ?

Jeudi 17 décembre 14h-14h30 :
Comment prendre en charge une plaie infectée ? Une plaie atone ?

Nouveauté pansement

Lohmann & Rauscher : 2 nouveaux hydrocellulaires de forme anatomique, SUPRASORB P sensitive heel et sacrum

Produits innovants

La société SIF & LOKI lance les bonnets et foulards capillaires prêts à porter avec cheveux naturels.

Remboursement 100% par la sécurité sociale dans le cadre d’alopécie temporaire ou définitive, partielle ou totale, consécutive à une pathologie ou à sa prise en charge. Plus d’informations sur ameli.fr.

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LE TATOUAGE RECONSTRUCTEUR
APRÈS UNE OPÉRATION DU CANCER DU SEIN

Le cancer du sein, reste encore aujourd’hui le cancer le plus fréquent chez la femme. Et même si, grâce au dépistage, le taux de mortalité est en diminution depuis 30 ans, il reste la première cause de décès par cancer chez la femme.

1 femme sur 8 est atteinte d’un cancer du sein, le plus souvent après 50 ans. En 2018, on recensait 59 000 nouveaux cas en France et 12 100 décès.
S’il est détecté tôt, le cancer du sein guérit dans 9 cas sur 10. D’où, l’importance du dépistage ainsi que d’octobre Rose qui vient de s’achever.

Il existe différents traitements pouvant être associés ou non dans la prise en charge du cancer du sein : chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie. La chirurgie est l’un d’eux. Elle se décline sous différentes formes : tumorectomie, mastectomie partielle ou totale.
Une chirurgie reconstructrice par prothèse, lambeau ou injection de graisses pourra être proposée, dans certains cas, pour récréer le volume des seins.

Toutes ces interventions laissent des cicatrices sur le corps des femmes, des traces qu’elles voient tous les jours, qui modifient leur image corporelle et qui leur rappellent continuellement la maladie.

Si on le connait pour ses qualités esthétiques, le tatouage peut également être utilisé comme méthode réparatrice sur cicatrices, notamment sur celles issues des traitements chirurgicaux d’un cancer du sein.

LAURA, 35 ans, a eu recours à cette méthode. Voici son témoignage. Laura déclenche un cancer du sein à l’âge de 26 ans, 6 mois après le décès de sa mère de la même pathologie. Quand celle-ci décède, Laura a déjà détecté une «petite boule» dans son sein. À la suite des examens qui confirment la présence d’une tumeur cancéreuse elle est rapidement prise en charge par tumorectomie, chimiothérapie et radiothérapie. Elle bénéficie d’un suivi tous les 6 mois jusqu’en 2015, année de la récidive de la maladie. Étant porteuse d’une mutation génétique, elle choisit à ce moment-là d’avoir recours à la mastectomie bilatérale avec ablation du mamelon du sein malade.

Elle accepte la proposition de pose de prothèses mammaires dans la foulée mais le vit très mal : « j’ai eu beaucoup de mal à accepter cette nouvelle poitrine qui n’était pas la mienne ». Une bonne nouvelle vient ensoleiller cette période difficile et lui faire oublier cette poitrine étrangère à ses yeux : Laura attend un bébé. Mais après la naissance de sa fille, ses cicatrices sont de nouveau une souffrance pour elle.

Laura découvre alors la pratique du tatouage réparateur sur cicatrices mammaires aux États-Unis. Étant déjà tatouée, depuis ses 18 ans, cette idée lui plait. Elle commence à se renseigner et découvre par le biais d’un post d’un réseau social l’événement « Rose Tatoo » organisé par l’association SŒURS D’ENCRE (https://www.soeursdencre.fr/). Elle décide d’écrire à l’organisatrice du salon pour lui raconter son histoire. La réponse arrive vite : une tatoueuse est disponible pour la tatouer sur l’événement. Laura rencontre cette dernière, et les premiers coups de crayons sont effectués aux feutres sur ses cicatrices. « Rien que de voir ces dessins aux feutres, j’étais super contente ». Le premier tatouage a lieu en octobre 2016 durant la 1ère édition de ROSE TATOO à la MAISON ROSE DE BORDEAUX (https://bordeaux.maisonsrose.fr/).

« Ça m’a vraiment changé la vie, je ne voyais plus ma maladie à travers la cicatrice », « j’avais l’œil sur mon tatouage, la maladie était derrière moi ». A noël 2016, Laura se fait tatouer le 2ème sein. Puis ce sera la reconstruction du mamelon en 3D, en mai 2017.
Laura conclue notre entretien téléphonique avec cette phrase forte et incroyablement touchante : « mon tatouage m’a sauvé la vie ».

logo soeurs d'encre

SŒURS D’ENCRE est l’association qui a permis à Laura et d’autres femmes touchées par le cancer du sein de relever la tête et de continuer à avancer.

Cette association a vu le jour en 2016, à la suite de l’organisation de la première semaine ROSE TATTO par la photographe Nathalie KAID. L’un des objectifs de l’association est l’organisation de séances de tatouages, au sein des maisons rose de Bordeaux et Paris, notamment, avec des tatoueuses bénévoles le temps de l’événement.

Ces tatoueuses référencées par l’association bénéficient d’une information médicale dispensée par une chirurgienne sénologue, et un oncologue, partenaires de l’association ainsi qu’une tatoueuse spécialisée dans le recouvrement des cicatrices et brûlures.

Plusieurs médecins, en particulier au sein de l’institut Bergonié (https://www.bergonie.fr/)  à Bordeaux (pôle régional de référence en cancérologie de la Nouvelle-Aquitaine), ont reconnu le bénéfice du tatouage dans la reconstruction post cancer. Aujourd’hui l’association est référencée sur le site de l’AFSOS (Association Francophone des Soins Oncologiques de Support) dans le guide « la vie autour », comme soins de support.

L’événement ROSE TATOO est organisé pendant OCTOBRE ROSE. Après avoir pris contact avec Laura, qui s’occupe aujourd’hui de l’association, les patientes sont retenues suivant leur chirurgie et leurs moyens. Elles bénéficient du tatouage offert pendant l’événement. La première édition en 2016 a permis à 9 femmes de recouvrir leurs cicatrices. 4 ans après, l’édition 2019 a réuni, à Bordeaux, Paris, Angoulême et Colmar, 50 tatoueuses pour autant de femmes tatouées.

L’événement a pris de l’ampleur et aujourd’hui des tatoueuses sont référencées à Paris, Lyon, Toulouse, Colmar…Un partenariat a été mis en place avec LES VOLCANIQUES D’AUVERGNE (association auvergnate qui soutient les soins de support et développe le tatouage reconstructeur auprès des femmes atteintes d’un cancer du sein. http://www.lesvolcaniquesdauvergne.fr/.).

2020 est une année marquée par le COVID. L’évènement ROSE TATOO en a subi les conséquences. Initialement prévu sur plusieurs villes, seules les éditions de Colmar et Clermont-Ferrand ont pu être maintenues. Les éditions Parisienne et Bordelaise seront respectivement reportées en mars et avril 2021.

Céline, tatoueuse, présente à l’édition de Colmar, m’a partagé sa motivation à offrir un tatouage à ces femmes blessées.
Céline est tatoueuse depuis 30 ans et c’est par le biais des réseaux sociaux que SŒURS D’ENCRE l’a contacté pour lui présenter leurs actions et lui demander de faire partie de l’aventure.
Tout au long de sa carrière, cette tatoueuse empathique et expérimentée a offert des tatouages à des personnes avec une histoire lourde et c’est donc naturellement qu’elle a répondu oui à l’association.

L’édition ROSE TATTO du 14 octobre a réuni 7 tatoueuses pour 7 femmes dont « le dossier » a été étudié par Laura. Celle-ci associe chacune de ces femmes à une tatoueuse en fonction de la spécialité, du style de chacune et de la demande des futures tatouées.

Céline a d’abord été en contact téléphonique avec la personne qu’elle a tatoué, puis elle lui a proposé un premier projet, des réajustements, pour arriver le jour J avec un dessin sur tablette et des calques. Une réadaptation au stylo est souvent nécessaire de manière à aller au plus proche du désir de la patiente.

Le tatouage sur cicatrice n’est pas plus douloureux qu’un autre tatouage, mais le geste devra être plus délicat car la peau est plus fine. Le coût d’un tatouage, hors Rose tattoo, débute entre 250 et 300 euros et s’ajuste en fonction des dessins, de la couleur, du temps passé. Céline l’adapte en plus, selon la situation de chacune.

Par la suite, les soins à apporter au tatouage sont les mêmes que pour un tatouage courant : lavage eau, hydratation, protection solaire, port de vêtements en coton.

Céline et Laura ont le même sentiment sur le moment du tatouage : «c’est un partage, un échange fort…» Pour Laura «le tatouage peut cacher beaucoup de blessures que tu as dans le corps mais aussi dans l’âme. Les filles arrivent les épaules fermées et la tête basse, elles repartent épaules ouvertes et têtes hautes».

Pour Céline le tatouage des cicatrices permet de « cacher, de redonner de l’ampleur, un galbe, par le biais d’un trompe l’œil par exemple. Je suis fière de ce que je fais pour ces femmes ».

Elle veut aller plus loin avec un projet de formation pour tatouer en 3D des mamelons. Elle s’est associée pour ceci avec Marie, technicienne en maquillage permanent, qui pratique déjà la micro-pigmentation des sourcils à Colmar (PIGMENTE TA VIE).

Et toutes les 2 de conclure en définissant le tatouage reconstructeur comme « une page qui se tourne » après une perte de confiance en soi notamment à cause d’une image corporelle féminine défaillante, transformée par le cancer du sein et sa chirurgie.

Un grand merci à Laura de m’avoir ouvert les portes de sa maladie, de son combat, de sa reconstruction grâce au tatouage. Pour la force de ses mots et notre échange rempli d’émotions qui m’a permis de comprendre pourquoi le tatouage a toute sa place dans le soin post cancer.

Et à Céline pour la sincérité, la simplicité et la richesse de son témoignage.

Pour tout contact Soeursdencre@gmail.com

Pour adhérer à l’association sœurs d’encre ou faire un don : https://www.soeursdencre.fr