Newsletter avril 2020

Newsletter avril 2020 de SUITE DE SOINS, par Géraldine Suchet, infirmière formatrice Suite de Soins.

L’IDEL ET LE COVID-19 : La nomenclature s’adapte

La France fait face depuis quelques semaines à une importante épidémie d’infections à SARS-CoV-2, coronavirus à transmission principalement respiratoire.

Dans ce contexte, et pour permettre aux professionnels de santé de ville d’assurer dans les meilleures conditions possibles la prise en charge des patients dont le diagnostic d’infection à Covid-19 a été posé cliniquement ou biologiquement, les pouvoirs publics ont mis en place des mesures dérogatoires aux règles habituelles régissant l’exercice des infirmiers libéraux et la prise en charge des actes par l’assurance maladie.

Visite à domicile des patients atteints du COVID-19 (diagnostic clinique ou biologique posé).

Prescription papier dématérialisée mentionnant :

  • La fréquence du suivi.
  • Les signes d’alerte à rechercher.
  • Les modalités du suivi (télésuivi, ou à domicile, ou en téléconsultation en lien avec le médecin).
Patients concernés :

  • Patient ayant été hospitalisé présentant des symptômes légers et dans un état clinique stable favorisant le retour à domicile.
  • Patient vu par un médecin de ville présentant une forme symptomatique sans gravité nécessitant un repos avec surveillance de certains critères cliniques au domicile du patient.
Valorisation de l’acte de surveillance infirmière à domicile :

  • Cotation AMI 5,8 : « acte de surveillance clinique de prévention pour un patient à la suite d’une hospitalisation pour épisode de décompensation d’une insuffisance cardiaque ou d’exacerbation d’une bronchopathie chronique obstructive (BPCO) ».
  • Suivre les indications précisées sur l’ordonnance (fréquence et nombre d’actes).
  • Acte cumulable à taux plein (dérogation Art 11B de la NGAP) si la surveillance s’applique à un patient nécessitant des soins.
  • La règle inscrite à l’article 13 de la nomenclature générale des actes professionnels sur le remboursement des indemnités de déplacement selon laquelle « le remboursement accordé par la caisse pour le déplacement d’un infirmier ne peut excéder le montant de l’indemnité calculé par rapport à l’infirmier, se trouvant dans la même situation à l’égard de la convention, dont le domicile professionnel est le plus proche de la résidence du malade » ne s’applique pas en l’espèce.

A partir du lundi 6 avril : Les séances de surveillance des patients cotés AMI 5,8 au domicile des patients font désormais l’objet d’une Majoration de coordination Infirmière (MCI). De plus, les actes de prélèvements (Naso Pharyngés ou sanguins) seront cotés en AMI 4,2. Acte prélèvement cumulé à acte de surveillance COVID : 5,8 + 1,5 + MCI.

Le nouvel acte de télémédecine, téléconsultation, (acte cumulable avec les soins réalisés à domicile), entré en vigueur depuis le 1er janvier 2020, est d’actualité.
Création d’un acte de télésuivi pour le suivi à distance des patients (décret n° 2020-277 du 19 mars 2020 et arrêté du 19 mars 2020, parus au Journal officiel du 20 mars 2020).

  • Le télésuivi nécessite une ordonnance claire selon les critères définis précédemment.
  • Cotation AMI 3,2 soit 10,08€.
  • La transmission de la FSE s’effectue avec l’ordonnance du médecin SCORée.
  • Le tiers payant est fortement préconisé.

Des mesures dérogatoires

Autorisation d’exercer en parallèle des infirmiers remplaçants.

Pendant la durée de l’épidémie, de manière dérogatoire et transitoire et pour faciliter l’accès aux soins, les infirmiers ont la possibilité d’exercer en parallèle de leurs remplaçants en dérogation du Code de santé publique.

(Articles R.4312-83 et R.4312-84 du Code de la santé publique et article 11 de la convention nationale des infirmiers).

Autorisation d’effectuer des soins au domicile sans mention spécifique figurant sur la prescription médicale.

Pour éviter les risques de propagation du coronavirus au sein des cabinets, les infirmiers peuvent privilégier le suivi à domicile de leurs patients (si le télésuivi n’est pas envisageable). Et ce, même si la prescription médicale ne le mentionne pas spécifiquement. Les actes afférents feront l’objet d’une prise en charge par l’Assurance Maladie.

IMMERSION AU SEIN DE L’UNITÉ DE CICATRISATION DU PARC

Lundi 17 février, j’ai été accueillie au sein de la clinique du Parc de Lyon par le Docteur VALANCOGNE David, responsable de l’unité plaies et cicatrisation où j’ai assisté à une matinée de consultations.

« L’unité de cicatrisation du Parc est un centre spécialisé dans le traitement de tout type de plaies à retard de cicatrisation. Le centre dispose d’une consultation et d’un service d’hospitalisation adapté. »

C’est un centre de 2ème intention pour les plaies à retard de cicatrisation avec un plateau technique sur place : radiologie, scanner, IRM, chirurgie, angiologie…

Le Dr VALANCOGNE David a découvert la plaie et cicatrisation lors d’un stage d’internat en gériatrie auprès d’un médecin spécialisé. « J’étais intrigué par le type de pansement à mettre sur telle ou telle plaie ».

Après avoir été médecin généraliste pendant 8 ans à Poitiers, il obtient son Diplôme Universitaire plaies et cicatrisation en 2008 à Paris auprès du Dr MEAUME. A la suite de quoi il continue d’exercer en tant que médecin généraliste avec consultations plaies à Poitiers. En 2014, il crée au sein de la clinique du Parc, l’actuelle unité de plaies et cicatrisation.

Le Dr VALANCOGNE consulte 4 jours par semaine et reçoit environ 12 patients par jour.

Pour des suivis de plaies à retard de cicatrisation comme : les ulcères de jambes, les escarres, les plaies du pied diabétique, les plaies tumorales, les plaies rares (angiodermites, purpura…). Il prend en charge également en marge, la chirurgie des ongles incarnés.

Les patients sont adressés soient par le médecin généraliste, soit par l’infirmier libéral. Mais ils peuvent aussi l’être par des angiologues, des dermatologues, des chirurgiens, des podologues. Lors de ma matinée d’observation un patient venait de Bourgoin-Jallieu pour un suivi d’un mal perforant plantaire. C’est son infirmière libérale qui l’a orienté vers le Dr VALANCOGNE.

Ce dernier a été accueilli par l’infirmière qui travaille au côté du médecin et qui s’occupe des soins, fait les photos, durant la consultation qui dure en moyenne 30 minutes. Un compte rendu initial est adressé au médecin traitant et au médecin ou à l’infirmier qui a adressé le patient. Puis des comptes rendus sont adressés régulièrement à chaque changement important jusqu’à la cicatrisation complète.

Le Dr VALANCOGNE fait appel à SUITE DE SOINS® dans les cas suivants :

  • Patient ne pouvant se déplacer à la pharmacie.
  • Patient en difficulté financière.
  • Soins nécessitant un binôme infirmier sans pouvoir rentrer dans les critères d’admissibilité en HAD.
  • Mise en place de nouvelles techniques et de suivi à domicile nécessitant un binôme infirmier.
  • A la demande du patient ou de l’infirmière libérale qui suit le patient.
  • Autres cas : patient en accident du travail, etc…

Il utilise différents types de dispositifs médicaux pour les soins des plaies, et en parallèle il pratique aussi la laser thérapie. Cette technique permet de soulager la douleur, de résorber l’inflammation, d’accélérer le processus de régénération des tissus…

« Sur les plaies aiguës 1 à 5 séances sont nécessaires et les résultats sont spectaculaires, alors qu’en chronique il faut plutôt compter 5 à 10 séances. On observe aussi une accélération de la cicatrisation. »

Cette technique est contre-indiquée pour les plaies hyper-bourgeonnantes et les plaies tumorales.

Vous pouvez retrouver toutes les autres techniques employées par le Dr VALANCOGNE sur son site internet : https://docteurdavidvalancogne.fr

Comment fonctionne l’unité plaies et cicatrisation en ce temps de COVID-19 ?

Depuis le lundi 16 mars, le Dr VALANCOGNE a mis en place une téléconsultation.

Celui pour qui le COVID-19 est « un coup de tonnerre pour tout le monde, qui impose de complétement se réorganiser » a donc décidé de poursuivre le suivi des plaies via une téléconsultation. Après une prise de rendez-vous auprès du secrétariat, le médecin rappelle le patient qui, muni de son smartphone ou d’une tablette peut lui transmettre des photos montrant l’évolution de la cicatrisation.

Le Dr VALANCOGNE reconnait que ce mode de consultation est compliqué pour les patients âgés et ils peuvent donc se faire aider soit d’un membre de la famille soit d’un infirmier libéral (cf article sur la nomenclature plus haut). Les envois d’ordonnance se font par mail. La continuité des soins est donc assurée par l’unité plaies et cicatrisation qui répond même à des demandes de nouvelles prises en charge. Le Dr VALANCOGNE trouve finalement un réel gain de temps avec la téléconsultation et se pose la question de poursuivre ce mode de consultation 1 fois sur 2 après le confinement, avec notamment les patients qui viennent de loin et ont besoin d’un taxi médical.

Je remercie sincèrement le Dr VALANCOGNE pour m’avoir accueilli lors d’une matinée de consultation et d’avoir pris le temps de me répondre au téléphone en période de covid-19.

Géraldine SUCHET

COVID-19 ET QUOTIDIEN DE 2 INFIRMIÈRES LIBÉRALES

Sylvie de Creil (Oise) et Séverine de Villefranche sur Saône (Rhône) infirmières libérales ont accepté de me livrer leur quotidien professionnel bouleversé par le COVID-19.

La 1ère fait partie d’un cabinet de 6 infirmiers, la 2ème a 1 collègue.

Sylvie a du mal à trouver ses mots pour exprimer son ressenti, « ce que je vis, c’est la sidération, ça va très vite, et nous ne sommes pas prêts ».

« Les centres hospitaliers font sortir les patients et nous n’apprenons leur suspicion de covid-19 que sur l’ordonnance quand nous sommes chez eux. Du coup, nous fonctionnons comme si tous les patients étaient porteurs ».

Port du masque chirurgical ou FFP2 quand il y a une suspicion (et quand elles en ont !), ne pas toucher les poignées, sortir le minimum de matériel et utilisation de 2 paires de gants… sont devenus le quotidien de cette infirmière libérale.

Le matériel de protection « c’est de la débrouille », générosité de l’entourage, récupération des charlottes, masques, et gants présents dans les sets de perfusion, utilisation de masques cousus mains…
Sylvie évoque aussi les prestataires de santé à domicile, qui « font leur maximum pour nous trouver du matériel. En cas de prise de charge d’un de leur patient en commun ils nous donnent tout le nécessaire ». Elle a par ailleurs fait une demande auprès de sa mairie pour récolter des dons.

Au niveau des tournées, le cabinet gère en premier les patients asymptomatiques.

Du coup, cela entraine une perte de temps assez importante puisqu’il n’est plus possible de faire une tournée dans une logique géographique. Avec des questions omniprésentes en tête « est-ce que j’ai bien fait, est-ce que je n’ai rien oublié ? », Sylvie évoque une pression importante et fatigante.

Quant à la relation avec ses patients, elle est devenue différente, plus distante. Des patients souhaitent savoir si d’autres patients ont le covid-19, ou encore les familles de certains d’entres eux demandent l’arrêt du passage de l’infirmière.

Séverine, dans le Rhône, est moins impactée pour l’instant. Son collègue et elle ont pris en charge 1 patient porteur du covid-19 dans le cadre d’une hospitalisation à domicile.

Passage 2 fois par jour en fin de tournée, pour une surveillance clinique, avec des règles d’hygiène à peu près similaire à celles de sa consœur de l’Oise. Ne pas toucher les poignées, pochette à part pour le matériel destiné au patient porteur du covid-19, désinfectant de fabrication maison pour désinfecter le matériel et la voiture, téléphone dans sachet congélation…

Elle n’a pour l’instant, pas eu de soucis d’approvisionnement en masques ayant pu récupérer des dotations auprès des pharmacies et de l’ordre infirmier. Ses patients habituels sont rassurés par le port du masque des 2 infirmiers. Elle leur réexplique régulièrement le mode de transmission, les règles d’hygiène à avoir et cela a plutôt mis en confiance les patients et apporté une relation sereine avec eux. Une seule famille a demandé aux libéraux de ne plus intervenir.

« C’est une période particulière, on a été submergé d’informations (URPS, ARS, syndicats…) et j’ai beaucoup lu d’articles, de recommandations pour être prête le moment venu » me dit Séverine, qui du coup se sent « frustrée » d’être prête et de ne pas pouvoir aider plus.

« On a un métier formidable qui nous permet d’aider et là je n’ai pas la sensation d’aider, de ne pas faire parti du mouvement d’entraide professionnel ».

D’autant qu’elle souligne une baisse d’activité due à l’arrêt des chirurgies ambulatoires et autres traitements mis en suspens en ce moment. Son collègue et elle ont dû mettre fin au contrat de leur remplaçante.

La mise en place d’une tournée covid-19 sur le secteur est en discussion mais plusieurs interrogations subsistent du fait de la différence de fonctionnement entres les cabinets libéraux. Prise en charge par le même infirmier plusieurs jours de suite ? Tournée en respectant les mêmes horaires de passage ? Quid des dimanches et jours fériés ? Sectoriser pour ne pas avoir une tournée géographique trop éloignée ?

MERCI à elles 2 de m’avoir apporté leur témoignage et un grand MERCI à vous tous pour votre implication professionnelle en ce temps de covid-19.

Interviews réalisées le 2 avril 2020.

Géraldine SUCHET

Aujourd’hui, comme tous les infirmiers libéraux de France, Sylvie et Séverine, sont amenées ou vont être amenées à se battre contre le covid-19.

Leur rôle, au-delà de la technicité des soins et de la surveillance, est aussi basé sur l’éducation de leur patient pour empêcher la propagation du virus. C’est aussi et surtout le réconfort qu’elles peuvent apporter à des patients isolés.

Cette période si particulière de confinement, cette lutte quotidienne contre une épidémie d’une violence et d’une ampleur jamais vues auparavant ne font qu’accentuer l’importance des compétences, des qualités et du rôle que jouent les infirmier.e.s libéraux.ales au quotidien sur l’ensemble du territoire.